Amélie Legrand

Amélie Legrand

Expert de vécu en matière de pauvreté et exclusion sociale    

En quoi consiste ton travail ?

En tant qu’experte du vécu, je me considère d’abord comme un « œil ». Je travaille dans l’accès aux soins de santé. J’observe et tente de relever les freins, les barrières à l’accès aux droits fondamentaux.

J’apporte un point de vue extérieur à l’institution. Les travailleurs avec qui je collabore ont une connaissance de leur métier, des habitudes qui ne leur permettent pas toujours de se rendre compte des difficultés rencontrées par la personne fragilisée dans le parcours administratif. Ils ont, comme on dit sur le terrain, « le nez dans le guidon ». Ils n’ont pas conscience de ce à quoi une personne fragilisée, isolée, peut être confrontée dans son quotidien (comment accéder à l’information, comprendre les documents à remplir, trouver le bon local,… ?). C’est mon rôle de le leur dire.

Je suis aussi une facilitatrice car je crée des liens. Je peux organiser ou participer à des groupes de travail, à différentes rencontres entre institutions ou personnes qui n’ont pas forcément l’habitude de collaborer. Ces échanges sont très importants car ils facilitent réellement le parcours pour la personne fragilisée.

En quoi le travail d’expert du vécu est-il important selon toi ?

Il permet de faire le lien entre les personnes fragilisées et l’administration. Il consiste aussi à « sensibiliser» les organisations à ce que provoque la précarité, à relever les failles du système (car nous ne rentrons pas tous dans les cases).

L’objectif est que les personnes accèdent directement à leurs droits, sans qu’un expert du vécu ne soit nécessaire. Comme disait Coluche à propos des restos du cœur : «Si nous sommes encore là dans 20 ans, c’est que nous aurons échoué ! ».

Je ne suis pas aussi dure avec nous ! Tout ce qui aura abouti, les changements qui auront été mis en place, ne seront que bénéfiques. Nous devons sensibiliser les institutions et leur personnel à ce que vivent leurs bénéficiaires qui subissent la précarité et l’exclusion sociale.

En quoi ton expérience personnelle t’aide-t-elle dans ton travail ?

Il m’apporte une sensibilité et une conscience de certaines difficultés bien réelles. Sans difficultés financières, il peut être difficile de réaliser que certaines familles ont un budget de 20 euros par semaines pour se nourrir. Qu’il est inconcevable pour une personne qui vit dans un 30 mètres carrés, sans lieu de stockage, de trier ses déchets (malgré l’information et les amandes). Mon parcours, mon réseau et mes connaissances permettent d’apporter ces réalités-là dans les institutions.

Pourquoi trouves-tu ce travail intéressant ?

Par la diversité des actions. Notre fonction est faite de défis, de différents combats qui ont pour objectif le bien-être de chacun. Être expert du vécu, c’est aussi rencontrer des personnes exceptionnelles, qu’elles soient précarisées, travailleurs sociaux, etc…. Chaque jour est différent, chaque EDV est différent, chaque institution est différente et je crois que c’est ce qui fait la richesse, la beauté de notre fonction. Il faut construire son emploi !

Quel est l’aspect le plus important de ton travail ?

A mon sens, l’aspect le plus important est la collaboration, la co-construction. Nous ne parviendrons jamais à nos fins si nous ne nous y mettons pas à plusieurs. Trouver les personnes-clés, c’est très important !