Thomas Antoine

Thomas Antoine

Parlez-nous de votre job

Plus qu’un job, la diplomatie est une vocation, un élan sans cesse renouvelé qui doit surmonter les défis des déménagements et autres efforts d’adaptation à diverses cultures et modes de vie.

J’arrive au terme d’une carrière qui m’a conduit de l’Asie centrale au Benelux en passant par l’Afrique et les Amériques. J’ai maintenant repris les fonctions d’inspecteur des postes diplomatiques et consulaires ; il s’agit de procéder à des audits réguliers de nos postes à l’étranger, afin de déceler d’éventuels problèmes et de contribuer à leur solution. Il peut s’agir de questions portant sur la sécurité, les bâtiments, le fonctionnement du poste, de la qualité des rapports, de l’étendue des réseaux, du rayonnement de l’ambassade par la qualité des réceptions et de la diplomatie publique. Un métier de coach basé sur l’expérience et la bienveillance.

Que trouvez-vous intéressant dans votre métier ?

La variété des tâches évite de tomber dans la routine et l’ennui ; idéalement, le diplomate doit être à la fois un penseur lucide et rigoureux, une personne sympathique et avoir un grand sens pratique.

Pourquoi se lancer dans cette vie de bohême qui met parfois l’entourage à l’épreuve, sinon par la conviction de contribuer à un monde plus juste, solidaire et pacifique ?
Le métier de diplomate exige de sortir constamment de sa zone de confort pour l’amour des rencontres, égrenées au fil d’une dizaine de postes sur quatre continents.

C’est aussi défendre le pays qui m’a tout donné, notre patrie la Belgique ; pays parfois problématique, mais bien moins que beaucoup de ceux où j’ai vécu. Pays fondé sur des valeurs humanistes qui me rendent fier, sans être orgueilleux.

Bref, un métier qui exige beaucoup mais qui rend plus encore ; qui donne vraiment le sentiment d’appartenir à une humanité certes diverse mais unie par les grands défis de notre temps.

Décrivez brièvement une journée ordinaire de travail

Je commence par relever ma boîte de courriels pour vérifier s’il n’y a pas de requête urgente ; ensuite je prépare des réunions rassemblant divers services pour préparer l’inspection du poste. Il me faut aussi, établir le calendrier des missions selon les priorités du département et la disponibilité des diplomates du poste à visiter. Il faut évidemment lire les rapports annuels et autres documents pour connaître les défis que doivent relever les agents des ambassades et consulats à inspecter. Il faut aussi traiter les aspects pratiques du voyage : réserver les vols, le logement. Ensuite, il faudra rédiger un rapport qui reflète au mieux la réalité, selon une grille de questions assez fournie ; cette procédure peut sembler lourde mais elle vise à garantir l’objectivité de l’inspection.

Travailler pour votre employeur actuel … Est-ce un avantage, selon vous ?

Travailler pour l’Etat donne le sentiment de contribuer au bien commun et de représenter un pays dont on peut être fier, même si l’on regrette parfois sa complexité institutionnelle si difficile à expliquer à nos interlocuteurs étrangers.
Une carrière diplomatique donne l’assurance de pouvoir se concentrer sur son travail sans inquiétude pour le lendemain.

Dans le privé, on peut faire le même job pour une succession d’employeurs. A l’Etat, on fait une succession de jobs pour le même employeur, car chaque poste diplomatique ou fonction au département est un nouveau défi qui permet de se découvrir de nouveaux talents.

Quel a été votre parcours avant de rejoindre votre employeur actuel ?

Au terme d’une formation un peu atypique : licencié en philosophie et lettres avec licence spéciale en philosophie thomiste, j’ai d’abord donné cours durant trois ans dans l’enseignement secondaire supérieur.

J’ai ensuite rejoint la carrière diplomatique où ma formation de philosophe m’a beaucoup servi, car elle consiste à bien poser les questions avant de se précipiter pour trouver une réponse : une question bien posée est déjà la moitié de la réponse. L’enseignement m’a inculqué une certaine patience et le souci de me mettre à la place de mon interlocuteur. Un ne diplomate ne doit pas vaincre, il doit convaincre.

Quelle a été la procédure de sélection ?

Je me suis inscrit au concours diplomatique en 1984 et, au terme d’un processus de sélection qui a duré un an, j’ai été retenu en ordre utile. A l’époque, le concours commençait par une conférence d’une heure sans prise de notes au terme de laquelle il fallait rédiger un résumé et un commentaire. Cette épreuve écrite permettait un premier écrémage d’un millier de candidats, dont il émergeait une centaine d’aspirants.

Ensuite venaient les examens de langue (anglais, néerlandais) et le redoutable interview où on était cuisiné par un jury de diplomates et d’universitaires sur diverses matières : économie, droit public et privé, histoire, science politique. Cette épreuve exigeait beaucoup de culture générale, mais surtout du flegme et une grande clarté de communication. Il n’est pas demandé à un diplomate d’être une encyclopédie ambulante, mais de savoir exposer avec clarté un thème complexe. L’intelligence émotionnelle est prise en compte lors de cet examen oral.

Vous souvenez-vous de votre premier jour de travail ?

En novembre 1984, après des adieux émouvants aux classes d’adolescents à qui je donnais cours, j’ai entamé mon stage aux Affaires étrangères et une nouvelle vie, pleine de rencontres et de défis qui m’ont durablement transformé. Pour un mieux, j’espère.

Au terme de mon stage, j’ai été désigné pour Téhéran que j’ai rejoint en voiture, en traversant la Turquie ; déjà une aventure en soi. A peine arrivé à la résidence de l’ambassadeur qui allait me loger pour mes premiers jours dans la capitale iranienne, il me demanda si j’avais un smoking ! Bien sûr Monsieur l’Ambassadeur ! Et j’ai ainsi commencé ma vie diplomatique dans une soirée mondaine au bord de la piscine tandis qu’un orage bienfaisant tonnait sur Téhéran. C’était le 4 août 1986.