Selor fait office de référence en matière de mesure des compétences linguistiques en Belgique. Outre les trois langues nationales classiques, Selor teste aussi depuis mai 2014, et c’est une première, les compétences linguistiques en matière des deux langues des signes nationales dans un contexte professionnel. “De cette manière, nous voulons que ces langues et ses utilisateurs obtiennent plus de reconnaissance et qu’ils aient les mêmes droits que les autres”, déclarent Vincent Van Malderen et Etienne Devaux, qui ont mené à bien ce projet au sein de Selor. Une vision partagée par Thierry Haesenne, linguiste spécialiste qui a contribué au développement de ces tests.

Pourquoi Selor lance-t-il des tests et des certificats en langue des signes ?

Vincent Van Malderen, product & innovation manager: “ Promouvoir l’égalité des chances est une des tâches clés de Selor. Nous envisageons dès lors ce projet comme une forme d’engagement social et d’ ‘inclusion’, où les personnes avec un handicap, un trouble de l’apprentissage ou une maladie, voient leurs chances sur le marché du travail augmenter. Dans cette philosophie, nous avons recherché une méthode pour faire passer des tests linguistiques en matière de langue des signes à des personnes sourdes et personnes sourdes et malentendantes. Le test est naturellement ouvert également aux utilisateurs entendants de la langue des signes. Pour ces derniers, la reconnaissance de cette compétence peut représenter une plus-value.”

Pourquoi Selor a-t-il élaboré une procédure à cet effet ?

Etienne Devaux, expert en méthodologie linguistique chez Selor: “En Belgique, il y a deux langues des signes reconnues : la Langue des Signes de Belgique Francophone (LSFB) et la Vlaamse Gebarentaal (VGT). Pour ces deux langues, il existe des formations linguistiques, et il y a par exemple aussi des examens d’interprétation en langue des signes au niveau professionnel, mais il n’y avait pas encore de reconnaissance officielle sous la forme d’un test et d’un certificat spécifique du contexte professionnel. Selor a voulu combler cette lacune. Le but est donc d’attirer davantage l’attention des employeurs sur les compétences en matière de langue des signes et de promouvoir la langue des signes en tant que telle.”

La procédure relative aux tests linguistiques en langue des signes est-elle la même que la procédure concernant les langues ‘classiques’ ?

Vincent: “Les tests linguistiques chez Selor sont tous basés sur le Cadre européen commun de référence pour les langues, qui fixe les principes permettant de mesurer les compétences linguistiques dans un environnement professionnel ou dans d’autres contextes. Ces mêmes principes valent aussi pour la langue des signes, mais les transposer en procédure pratique s’est avéré une tâche difficile. Pour mener à bien cette mission, nous avons fait appel à des experts en langue des signes issus du monde académique.”

Quels étaient les défis à relever ?

Etienne: “ Au fur et à mesure de l’avancement du projet, nous avons buté sur une série d’obstacles pratiques, mais nous avons pu vaincre ceux-ci grâce à l’aide d’experts et par le biais de la co-création. Je donne un exemple : un des indicateurs en matière de compétences linguistiques est la prononciation. Mais comment mesurer cet indicateur en langue des signes ? Nous avons finalement développé une méthode qui prend en compte la fluidité des mouvements et l’utilisation correcte des trois dimensions dans l’espace. La manière de donner un feed-back diffère également. A l’issue du test, le jury fournit un feed-back en LSFB ou VGT . Et les membres du jury sont filmés. Le candidat reçoit ensuite le petit film numérique avec ce feed-back. De cette manière, tous les candidats reçoivent un feed-back dans la langue du test, une langue que tous comprennent. Qu’il s’agisse d’un entendant, d’un malentendant ou d’une personne sourde ne change rien.”

Quand et comment Selor organise-t-il la certification en matière de langue des signes ?

Vincent: “La procédure est désormais au point. Nous l’avons déjà organisée une fois pour les deux langues des signes, avec de très bons résultats et des réactions positives de la part de tous les participants. Nous nous adressons en premier lieu aux employeurs, qu’il s’agisse de services publics ou d’entreprises privées, mais nous examinons aussi les possibilités pour les candidats individuels qui s’intéressent à une des deux langues des signes nationales. Les organisations qui veulent faire certifier la compétence linguistique en langues des signes LSFB ou VGT, pour un ou plusieurs de leurs collaborateurs, peuvent nous contacter. Pour elles, il s’agit là d’une opportunité, d’une part, de montrer concrètement qu’elles attachent de l’importance à la langue des signes au sein de leur organisation et de leurs prestations de service, et d’autre part de valoriser les compétences linguistiques de leurs collaborateurs dans le cadre de la gestion des compétences.”

"Enfin une certification au niveau fédéral grâce au Selor"

Le monde des langues de signes approuve cette initiative prise par Selor. Ainsi, Thierry Haesenne, chercheur chez l’Institut Libre Marie Haps, a joué un rôle clé dans développement de ces tests comme linguiste spécialiste. Il est satisfait du trajet accompli et de la valeur ajoutée: "En dépit de toutes les formations déjà proposées en LSFB et en VGT, depuis la reconnaissance officielle des deux langues des signes nationales par les parlements des deux plus grandes communautés linguistiques de Belgique, il manquait encore une certification dans ces langues au niveau fédéral. Ce manque est à présent combléà Selor. De plus, les modalités d'évaluation de cette certification sont totalement en phase avec le projet européen PRO-SIGN lancé en 2012 et qui vise à instaurer des standards européens pour spécifier les niveaux de compétence linguistique en langues des signes à des fins professionnelles."